Daisy jones and the six : un faux groupe mais de la vraie musique
Il y a quelque chose de vertigineux dans le défi posé par Daisy Jones & The Six (Amazon Prime Video, 2023) : raconter la grandeur et la chute d'un groupe de rock fictif en faisant en sorte que sa musique soit assez convaincante pour que le public y croie vraiment. Pas de la musique d'ambiance, pas un fond sonore d'époque , le répertoire entier du groupe devait sonner comme des tubes que l'on aurait pu entendre sur une autoradio en 1977. Un pari qui tient de la prestidigitation autant que de la composition.
Spoiler : le pari a été remporté, du moins partiellement. Mais la façon dont il a été relevé révèle une mécanique de production musicale que l'on voit rarement aussi clairement exposée.
Voici comment !
Mais d'abord:
Le pitch:
En 1977, le groupe Daisy Jones & The Six est au sommet de la gloire. Mené par deux forces de la nature aussi talentueuses que charismatiques: la libre et magnétique Daisy Jones ( jouée par Riley Keough) et le leader joué par Sam Claflin tourmenté Billy Dunne , le groupe remplit les stades, enchaîne les tubes et vient de sortir un album légendaire. Pourtant, après un concert à guichets fermés, ils décident soudainement de tout arrêter, sans un mot d'explication.
Des décennies plus tard, les membres du groupe, leurs proches et leurs collaborateurs acceptent enfin de briser le silence. Sous la forme d'un faux documentaire (mêlant interviews face caméra et flashbacks), ils racontent leur vérité.
Créée par : La série a été développée pour la télévision par Scott Neustadter et Michael H. Weber. Elle est basée sur le roman du même nom écrit par Taylor Jenkins Reid.
Nombre d'épisodes: 10 épisodes ( c’est une mini-série)
Sortie sur: diffusée en France sur Prime Vidéo
Compositeur de la Bande Originale: le musicien et producteur Blake Mills
Superviseur musical: Frankie pine
Trois ans pour écrire ce qui n'a jamais existé
Le producteur Blake Mills a travaillé avec Tony Berg sur 24 chansons originales créées pour la série, un travail qui a pris plus de trois ans. C'est un chiffre qui mérite qu'on s'y arrête. Trois ans pour écrire un catalogue fictif soit environ le même temps que Fleetwood Mac a mis pour produire Rumours, l'album dont la série s'inspire ouvertement.
Les chansons ont été co-écrites par Phoebe Bridgers, Blake Mills, Z Berg (fille de Tony Berg), Marcus Mumford, Taylor Goldsmith, Chris Weisman, Cass McCombs, Matt Sweeney, ainsi que Barbara et Ethan Gruska du groupe The Belle Brigade. La liste ressemble davantage à l'affiche d'un festival indie qu'à un générique de série télévisée.
Ce choix de collaborateurs n'est pas anodin. Chacun de ces artistes apporte une voix stylistique distincte, ce qui permet au répertoire du groupe fictif de ne pas sonner comme l'œuvre d'une seule plume précisément ce qu'un "vrai" groupe des années 70 aurait produit : des tensions créatives, des influences croisées, des compromis qui deviennent des signatures.
Le problème central : sonner 1977 sans faire déguisement
C'est là que la difficulté devient véritablement technique. Blake Mills a lui-même décrit le projet comme "une opportunité de créer une personnalité de guitare qui aurait pu exister dans les années 70, sans réellement l'avoir fait" autrement dit, pas un pastiche fidèle, mais une version légèrement augmentée d'une esthétique d'époque.
Tony Berg, co-producteur, a décrit le défi comme celui de "réécrire le son rock des années 70 pour un album destiné à un public bien plus jeune". C'est un exercice d'équilibriste : trop authentique, et le public streaming de 2023 perçoit la musique comme datée et s'en désintéresse ; trop actuel, et la crédibilité de la fiction s'effondre.
Le titre le plus populaire de l'album, "Look At Us Now (Honeycomb)", contient un sample du riff de guitare de "The Chain" de Fleetwood Mac, ce qui en fait plus qu'un simple hommage stylistique : la série assume son filiation directe et la revendique comme un élément narratif, puisque le morceau jalonne à la fois le premier et le dernier épisode de la saison.
Les acteurs comme instrument de composition
L'un des aspects les moins documentés de cette production est l'implication des acteurs principaux dans le processus créatif lui-même. La série avait prévu un camp de répétition de trois semaines pour préparer les acteurs musicalement, mais les délais imposés par le Covid ont transformé ce camp en dix-huit mois de travail intensif. Résultat : au moment du tournage, les acteurs n'étaient plus seulement des imposteurs convaincants: ils étaient, selon les mots du co-créateur Scott Neustadter, un vrai groupe de rock:
Le casting est composé de Suki Waterhouse,
Riley Keough et Sam Claflin ont même été intégrés au processus d'écriture lors de la composition de "Let Me Down Easy", une expérience que Tony Berg a qualifiée de "magique", en insistant sur le fait que le contexte dramatique et le développement des personnages étaient toujours présents en studio lors des sessions d'enregistrement.
Cette décision change radicalement la nature du produit final. La musique n'est pas composée pour des personnages, puis interprétée par des acteurs formés à la va-vite : elle est composée avec eux, ce qui crée une cohérence entre l'intention narrative et l'interprétation vocale que le public ressent, même inconsciemment. Les images retranscries dans la série donnent réellement le sentiment d’un groupe qui a existé a la même période que The doors, Les Rolling stones ou encore les Beatles. Le décor et les costumes sont juste épatants et tellement réalistes que ça en est bluffant !
Quand la fiction dépasse la réalité commerciale
La question qui intéresse les professionnels de l'industrie est celle-ci :
Aurora a-t-il vraiment fonctionné en dehors de la série ?
La réponse est nuancée. Daisy Jones & The Six est devenu le premier groupe fictif issu d'une série à atteindre la première place du classement Billboard Emerging Artists, et le premier groupe fictif à dominer le classement iTunes avant même la diffusion de la série. En trois mois, le groupe cumulait 3,56 millions d'auditeurs mensuels sur Spotify, 2,73 millions de vues sur YouTube et 2,2 millions de likes sur TikTok.
Mais Aurora n'a atteint que la 96e place du Billboard 200, très loin du statut légendaire que la fiction lui prête dans son propre univers. Ce décalage dit quelque chose d'important sur les limites de l'exercice : une musique de fiction peut générer un engouement réel, mais elle reste structurellement dépendante de la série qui lui donne son sens. Sans la dramaturgie, sans la tension entre Daisy et Billy, "Regret Me" reste un très bon morceau folk-rock — pas un tube générationnel.
Ce qu'on retient de The Good Place, ce sont les dilemmes moraux de Chidi ou les punchlines d'Eleanor. Mais la mécanique comique tient aussi dans une cabine de montage son, entre un bip calé à la frame près et un running gag qu'on laisse mûrir sur trois saisons avant de le payer.
> La prochaine fois que tu regardes un épisode, tends l'oreille avant de rire : le sound design a probablement posé la blague avant que quiconque ouvre la bouche.
Alors si tu ne sais pas encore qui je suis, Moi c'est Holi et je suis née dans les années 90 donc une vraie millenial et ce blog est le reflet de mes obsessions depuis très jeune à savoir: les séries en tout genre mais essentiellement dramatiques, oui je suis fascinée par les émotions humaines, les problèmes du quotidien, le cinéma d'auteur et indépendant et la supervision musicale !
Tu pourras aussi retrouver très bientôt une rubrique Agenda qui te permettra de savoir tout ce qui va se passer au niveau des concerts, des sorties cinés, des expositions que je visite pour alimenter ce blog.
Holy Darling c’est mon Ego
Je suis en train de développer ce blog en même temps que je souhaite démocratiser le métier de la Supervision musicale à travers mes découvertes de séries, et de films pour parler de ma passion 💌💌
Parisienne de coeur, Né à Madagascar, je suis un savant mélange de Carrie Bradshaw parce que j’adore coucher mes mots sur un papier ou en mémo vocal , qui a rêvé de rencontrer un certain Billie comme dans Ally McBeal et qui secrètement rêverait de vivre en colocation avec des mecs Randoms à Los Angeles comme Jessica DAy !!!!

